samedi 27 mai 2017

Mon Aveyron mes amours 4

Retour dans la chambre, Camille vida ses valises et essaya plusieurs tenues pour le dîner :
-Robe ou pantalon ?
-A ton avis ?
-Collant ou bas ?
-A ton avis ?
-La robe blanche ou la rouge ? disait-elle en brandissant tels des drapeaux ces deux robes.
-Moi, j’aime bien la blanche, je la trouve plus romantique.
-Et toi tu mets quoi ?
-Pantalon blanc, chemise blanche, pas trop habillé ?
-Non, non, tu as amené des chaussures blanches ?
-Oui, j’ai mes « crocs » de l’hôpital…
Camille continuait la conversation, tout en se changeant dans la salle de bains.
-Mouais, pas trop classe, mais de toute façon à table, je ne verrais pas tes chaussures.
Puis elle sortit enfin, rayonnante comme un crépuscule de printemps sur les reliefs de l’Aubrac:
  • Do you like ?
  • No, I simply love!

Alors qu’ils descendaient l’escalier qui menait en salle de restaurant, quelques tables étant déjà occupées, un doux bruit de conversations consensuelles et tamisées musicalisait doucement la salle.
Au vu de la moyenne d’âge élevée des dîneurs, tous les regards s’attardèrent longuement sur Camille.
Imperturbable, elle se laissa conduire à sa table, ralentissant tout de même le pas afin de mieux se régaler de tous ces regards en rut.
Une serveuse ne tarda pas à leur présenter la carte, et Camille se plongea instantanément dans une studieuse lecture, telle une lycéenne révisant ses cours une semaine avant le bac.
En général, Camille choisissait  les plats à la carte ou le menu le plus cher, n’accordant pas le moindre regard au premier menu, à propos duquel elle ne se sentait pas concernée.
Ce soir-là, miracle, elle choisit le menu médian à soixante euros, dit « menu découverte » pensant peut-être que pour découvrir les délices de l’Aveyron, le menu découverte serait approprié.
Pour le vin, elle choisit de découvrir le vignoble du Tarn, ce serait donc un Gaillac rouge de chez Rotier, cuvée Renaissance, 2009.
La jeune serveuse revint vers eux pour la commande, et leur proposa des apéritifs.
-Oui, deux coupes de champagne s’il vous plait ! Improvisai Xavier, avec l’intention de fêter dignement leur premier diner en Aveyron.
-Ruinart ou Roederer?
-Ruinart s’il vous plait !
Comme Camille aimait à  ruiner Xavier en général, elle affectionnait particulièrement de le ruiner en Ruinart.
Tout en dégustant son champagne, Camille se détendait peu à peu.
-Tu sais finalement, je suis contente d’être  loin de Paris ce soir, je voudrais vite oublier mon expo.
-Pourquoi ? Tu as eu du succès, tu as vu le monde qu’il y avait au vernissage !
-Du succès? pas trop! au vernissage il y avait surtout mes collègues des beaux-arts et la famille, je n’ai vendu qu’un tableau, et encore à la meilleure copine de ma mère, aussi je me demande si elle ne s’est pas sentie obligée.
-Il ne faut pas te décourager, des fois il faut galérer des années avant que notre talent soit reconnu, moi je crois en ton talent !
-Je crois que je vais abandonner quelque temps l’aquarelle… J’ai envie de faire des pastels !
-Oui, c’est bien les pastels, toujours les fleurs ?
-Oui, TOUJOURS les fleurs!
Sinon tu croies que je pourrais vendre des tableaux en Aveyron ?
-Pourquoi pas ! Il y a partout des amateurs d’art, et puis même si on s’installe ici tu pourras monter de temps en temps à Paris.
L’adolescentoforme serveuse leur amena l’entrée « foie gras mi- cuit jus de canard aux truffes »
-Tu crois qu’il y a des truffes en Aveyron ?
-Surement ! Et des cèpes et des girolles aussi ! On pourrait aller aux champignons quand ce sera la saison.
-Aux champignons ! Toi, aux champignons? Non mais Xavier ça va pas! Je n’t’y vois pas du tout, aux champignons…Non je demandais ça parce qu’à mon avis il ne doit pas y avoir beaucoup de truffes, vu le gout de la sauce...
-Qu’est-ce qu’il a le goût de la sauce ?
-Il n’a rien,  justement, il a un gout discret, anonyme… Mais le foie est super bon !
Le repas se poursuivit par un « pigeon du Mont Royal en deux cuissons », suivi d’une assiette de fromages locaux, et d’un dessert praliné chocolat.
Le rouge de chez Rotier avait été bien apprécié par Camille qui quitta finalement la table d’humeur joyeuse, se dirigeant vers la sortie en oubliant que nous devions dormir sur place.
-Came, ma Came chérie, la chambre est en haut, il faut prendre l’escalier !
-Oui, oui, bien sûr, quel escalier ?
                                                    
Camille avait le vin aphrodisiaque, tant et si bien qu’à peine la porte refermée, elle plaqua Xavier contre la porte, et ouvrit d’un coup sa chemise, faisant valser tous les boutons, maculant le sol de la chambre.
Puis ils décidèrent de faire l’amour par terre, peut être pour mieux ressentir l’union de leurs corps avec ce nouveau territoire.
Après l’amour, ils restèrent un moment couchés nus adossés au parquet et Camille découvrit qu’en bougeant son dos tel un reptile, elle pouvait faire un bruit de « pets » contre le parquet.
S’en suivit un concours de « pets de parquet » puis ils s’endormirent enfin.


Mon Aveyron mes amours épisode 3

 Les verts pointillistes de Sauveterre

L’hôtel du Sénéchal est constitué d’une imposante bâtisse en pierre dominant le tour de ville du charmant village de Sauveterre de Rouergue, cette terre rouergate allait elle sauver la vie de Xavier d’une demi-mort annoncée ? Camille partagerait-elle son amour de l’Aveyron? Son cœur palpitait dans cet espoir.
Arrivé sur le parking, il  choisit de profiter quelques secondes de l’instant avant de réveiller Camille.
Il sortit de la voiture afin de déguster sa première rencontre avec Sauveterre et d’humer les senteurs du vert.
En ce début d’été, l’air était chaud et enveloppant, une odeur d’herbes sèches et de vieux bois envahissait ses narines, il y régnait comme un parfum d’intemporalité et d’authenticité dans les effluves de cet air qu’il semblait découvrir pour la première fois.
Le petit parking de l’hôtel longeait en arrondi le tour de ville, à l’emplacement des anciennes douves prolongeant les remparts qui avaient été démolis au 19eme siècle.
Près de l’entrée du parking, une ancienne bascule à bestiaux avait été restaurée et le petit édifice abritait un ensemble de balances d’époque.
Se tournant vers le tour de ville, il découvrait l’ alignement des maisons médiévales édifiées au 13 ème siècle lors de la constitution de la bastide.
Certaines étaient pourvues de colombages, d’autres était constituées de pierres brutes, il apprit plus tard que ces dernières étaient d’anciens bâtiments agricoles transformés en habitation.
Quelques rayons clairsemés traversaient les toitures pour saupoudrer les jardins de reflets pointillistes. 
Il fit quelques pas afin de mieux enregistrer l’instant puis revint vers la voiture, où il découvrait Camille toujours plongée dans ses rêves, se délectant de la vue de ses petits pieds nouveaunesques entrecroisés sur le tableau de bord, son genou Rohmerien entrouvert en appui contre la garniture de porte, et ses mains accolées comme en prière pour mieux coussiner sa tendre joue rougie par le sommeil et par l’appui prolongé.
Qui avait il de plus beau entre Sauveterre et Camille? 
Il abandonna ses questionnements absurdes et décida de la rejoindre.
Afin de la réveiller en douceur, il humecta doucement de salive son index, afin de lui mouiller doucement le bout du nez, ce qu’elle détestait par-dessus tout, sublimant ainsi le plaisir de Xavier.
Au contact de son doigt, elle entrouvrit l’œil gauche, et maugréa d’une voix peu distincte :
-Ca y est ? On est arrivé chez les ploucs ?
-Oui, on est à Sauveterre de Rouergue, l’un des plus beaux villages de France!
-Et bien, la France est petite…
-Came Came, tu critiques avant de visiter, tu es de mauvaise foi !
-Ouais,  on verra après une bonne douche, il y a des douches dans les chambres au moins ?
-Oui oui, douche, baignoire et piscine intérieure dans l’hôtel !
A cette dernière parole, elle se releva d’un bond, se dirigea prestement vers le coffre, et sortit ses valises,
- Alors tu n’es pas encore prêt ?
Camille s’approcha de la bâtisse, jaugea d’un regard le bâtiment, aperçut la piscine à travers un carreau, puis valida le choix de l’hôtel d’un sourire.
Elle s’engagea rapidement dans les escaliers en pierre, puis attendit devant la porte en vérifiant les différentes inscriptions à côté de l’entrée : étoile Michelin,  pancarte dorée « Hôtels de charme et de caractère »
Enfin ils s’avancèrent  vers la réception où  les attendait une femme plutôt menue au sourire contenu mais bienveillant.
Xavier se  présenta sobrement :
-Bonjour! Dr Rostan, nous avons réservé pour une semaine.
-Bienvenue, veuillez remplir vos fiches, voici vos clés, vous dinerez à l’hôtel ce soir ?
-Oui, bien sûr, ce serait dommage de dormir chez vous sans gouter votre cuisine.

La responsable des lieux  leur avait réservé  la chambre 12, au premier étage, offrant une belle vue dominante sur la bastide,  déco plutôt contemporaine, dans les tons jaunes et crème, avec un lit de 180 recouvert d’une couette chocolat et d’oreillers blancs cassé.
-Preums à la douche ! s’écria avec bonne humeur Camille tout en faisant voltiger sa robe sur la tête de Xavier.
Ce dernier en profitait pour gouter un moment de présent qui dans le futur constituerait un moment clé de son passé, il se rappelait à cette occasion les paroles d’un de ses professeurs de médecine « L’espoir pense au futur, la nostalgie retient le passé, mais le bonheur se goute au présent ! »
Camille ressortit rapidement de la salle de bains à moitié trempée, une serviette en turban sur la tête l’autre maladroitement suspendue aux hanches, puis courut embrasser Xavier, visiblement elle était de bonne humeur et avait hâte de sortir découvrir le village.
-Allez, grouille-toi, douche-toi, on va aller visiter ton village !
Sans réfléchir, Xavier s’exécuta et ils se retrouvèrent quelques instants plus tard devant l’entrée de l’hôtel.
En sortant par la gauche, ils rejoignaient  la « porte » de la rue Saint Jean, rue principale de la bastide, traversant  longitudinalement le village pour conduire à la place centrale justement nommée « Place aux arcades », parce qu’entièrement entourée de magnifiques arcades médiévales parfaitement conservées.
Au moyen-âge, la place était réservée exclusivement aux marchands qui disposaient leurs étals au niveau des arcades prolongeant ainsi la surface de leur commerce.
Sauveterre constituait alors une des places marchandes les plus importantes du Rouergue, bien plus que Naucelle ou Baraqueville , cette dernière commune n’étant apparue qu’au  vingtième siècle.
A mi- longueur de la ruelle, une première perspective de la place s’ouvrait à leurs yeux, découvrant quelques arcades, un puits isolé au centre, ainsi qu’une agréable terrasse de café ombragée.
La place évoquait un jardin intérieur de cloitre, encerclée par les bâtisses qui l’entouraient comme pour la protéger. 
Au pourtour des arcades, quelques commerces et boutiques d’artisans retenaient les quelques  touristes présents, tandis que des enfants s’amusaient à faire le tour de la place à vélo.
Xavier exultait.
-Alors, elle n’est pas sympa, cette place ?
-Ouais, ce n’est pas la foule, quand même !
-Mais Camille, c’est ça qui est génial ici, c’est beau mais ce n’est pas trop touristique, c’est comme si c’était un trésor caché connu par seulement quelques initiés.
-Au lieu de te prendre pour Christophe Colomb, tu pourrais me payer un verre, il  y a un bar la-bas.
Comprenant que ce n’était pas le bon moment pour contredire sa bien-aimée, Xavier proposa à Camille une place en terrasse avec vue sur la fameuse place.
Une serveuse à petit short en jean sexy ne tarda pas à se présenter.
-Vous désirez ? (oui... pensa Xavier à cet instant sans répondre)
-Un café, s’il vous plait, répondit Camille.
-Moi une bière, une Erdinger, s’il vous plait.
-Désolé ici, nous n’avons pas d’Erdinger, mais nous pouvons vous proposer la bière de Sauveterre la « 12 »
-Eh bien allons-y pour la «12 », répondit Xavier  tout en jetant un regard elliptique autour de lui.
-Je crois que je suis déjà amoureux !
-Tiens, il y avait longtemps ! Les jambes de la serveuse ou la Lotus rangée sous les arcades ?
-Mais non, mais non, la place ! La place ! Elle est merveilleuse, non ? C’est le charme de la bastide parfaite, l’union de l’architecture avec la sensualité, de l’urbanisme médiéval avec l’intemporalité !
-Ouais, ouais, c’est une place…
-Cam, tu es une blasée, déjà blasée à 23 ans! Tiens, elle est bonne finalement cette bière !
-Je croyais que tu n’aimais que les blanches !
-Mais tu sais bien que j’ai vécu six mois avec une japonaise !
-… La bière!
- Et l’hôtel, tu en penses quoi ?
-Classieux, je n’imaginais pas tout à fait l’Aveyron comme ça…
-Tu va voir tu vas aimer !
 (À cet instant il ne mesurait pas encore la signification possible de ces paroles)
-Du calme, du calme, Xav, ce n’est pas une jolie place et un hôtel de charme qui vont me faire oublier mon petit Paname chéri.
Ils décidèrent de rentrer  à l’hôtel par le tour de ville, Xavier tenant Camille dans ses bras, un doucereux petit vent d’autan balayait leurs cheveux tandis que  le calme de la bastide leur offrait son silence.
Le tour de ville, anciennement constitué de remparts et de douves, en avait conservé quelques fragments réaménagés en bassins hébergeant quelques canards.
Il y avait un peu de Bruges dans cette partie de Sauveterre, le soleil en plus.
Camille tenta de parler aux canards « coin, coin, coin » mais sans obtenir de réponse.
Xavier en profita pour lui sortir sa vieille blague:
-Tu sais comment on dit « bonjour » en langage des signes (cygnes)?
-non
-Huk!Huk!
Camille, bon public, éclata de rire et se blottit dans les bras de Xavier, ils continuèrent le chemin enlacés.

Xavier semblait ne plus entendre et sentir que  le battement de son cœur, au rythme d’un accordéon de musette auvergnate, faisant danser son âme comme dans une danse de premier bal…

Mon Aveyron mes amours épisode 2

Samedi 21 juin, autoroute A75 direction Rodez.
Xavier avait finalement trouvé un contact en Aveyron, à Baraqueville (si si, c’est le vrai nom d’une vraie ville en Aveyron), un médecin parisien s’y était installé il y a cinq ans, il s’appelait le Dr Polazzi, mais lui le connaissait plutôt sous son pseudo internet : docdu12.
Il avait accepté de les recevoir le dimanche soir à son domicile,  avec sa compagne Léna.
Après la soirée chez Gabriel, Camille avait alterné intenses boudages et violentes colères pendant dix jours, puis elle s’était finalement apaisée, constatant finalement qu’elle ne pouvait imaginer passer cet été sans Xavier, ni sans sa carte Gold.
Camille partageait la vie de Xavier depuis deux ans, ce qui lui avait permis de terminer ses études dans un certain confort matériel, et de disposer quand cela était nécessaire des bons soins d’un médecin.
Etait-elle vraiment amoureuse? 
Elle préférait ne pas trop se poser la question, ils s’amusaient bien ensemble et le temps passait vite, comme dans une comédie sentimentale américaine, là était l’essentiel.
Ils avaient donc finalement décidé de partir ensemble à la découverte du Rouergue, la Giulietta chargée à bloc,  Camille la tête vidée de ses colères et Xavier la tête remplie de ses rêves.
En ce premier jour l’été, à mesure que les kilomètres défilaient, il leur semblait que la température montait et que le soleil les accompagnait dans leur extraordinaire voyage, comme s’il voulait leur dire : oui , vous êtes  dans la bonne direction, continuez de rouler…
C’était un peu le voyage de Philippe Abrams/Kad Merad  dans « bien venu chez les ch’ti » , mais à l’envers.
La première partie de l’itinéraire traversait les paysages plats du Berry, s’accordant parfaitement avec le silence envahissant la voiture et cristallisant les tensions des deux jeunes migrants.
Parvenu à mi-parcours, ils décidèrent de s’arrêter faire le plein sur une aire d’autoroute dite « aire du centre de la France »
-Tu as vu Camille, on est juste au centre de notre beau pays, c’est magique!
-Il ne t’en faut pas beaucoup pour t’émouvoir, pour moi c’est juste une aire d’autoroute avec pleins de touristes qui courent désespérément après le soleil comme si la chaleur pouvait leur faire oublier leurs soucis.
Le soleil n’est qu’un strapping de bonheur sur l’entorse de l’ennui.
-Bon, on va boire un café.
Il entrèrent dans la cafétéria et s’insérèrent dans la longue file des touristes attendant leurs cafés.
Camille observait les estivants avec circonspection, quand son regard se fixa sur un personnage qu’elle jugea intéressant.
Elle avait enfin rencontré « en vrai » le beauf  à la Reiser, il en avait la panoplie totale. 
T-shirt bien dégueu au blanc délavé improbable, short beige au tissu élimé par les années, nu-pieds marrons, ne manquait que les couilles pendantes, mais il était finalement assez aisé de les imaginer.
-Attend, je vais le prendre en photo sur mon portable!
-Mets-le sur silencieux, au moins, et fais vite!
Ils rentrèrent  joyeux dans la voiture, Camille peaufinant son image sur Instagram tout en pleurant de rire, peut-être avait elle trouvé là un exutoire à son surplus de stress d’avoir abandonné Paris pour quelques jours.
Cet intermède photographique permit de détendre l’atmosphère, et la discussion reprit doucement tandis que les reliefs du massif central vallonnait les perspectives. 
Camille tentait de se rassurer par la lecture des guides touristiques: le guide du routard, le petit futé,  le guide  bleu hachette…
-Tu sais ce qu’ils mangent  les Aveyronnais ? 
-Non, de la charcuterie ? De la saucisse ?
-Non ils mangent de la soupe aux choux et au fromage, beurkkkk !
-T’inquiète Came, il doit bien y avoir un Mac Do quelque part ou tu pourras manger quelques nuggets…
-Mouaiiis, merci pour le Mac Do, j’espère que tu trouveras mieux à me proposer.
- Mais oui, je suis sûr que les aveyronnais ne mangent pas que de la soupe, il y a surement de la bonne viande, on doit pouvoir se faire des super côtes de bœuf !
-Attend, là, sur le routard, ils disent qu’ils mangent des tripes au petit déjeuner, qu’ils  appellent des tripoux, tu crois qu’ils vont nous donner ça au ptit déj à l’hôtel ? Moi de toute façon, j’ai amené mon pot de Nutella…
-Came arrête de t’inquiéter comme ça... on reste juste une semaine pour  cette fois, et si ça ne te plait pas, affaire classée on rentre à Paris !
-Bon ok une semaine, sept jours, pas un de plus ! Tu as la réservation de l’hôtel ?
-Oui, dans la boite à gants !
Camille ouvrit la boite à gants avec son gros orteil, puis se saisit promptement du document entre le 1 et le 2 (du pied droit).
-C’est quoi un Sénéchal ?
-Je ne sais pas, pourquoi tu me parles de Sénéchal ?
-L’hôtel que tu as choisi s’appelle l’auberge du Sénéchal ! 
Camille googlisa hâtivement le substantif, puis vérifia ses résultats sur Wikipedia.
-Un sénéchal, c’est un serviteur du roi,  issu du germanique commun siniskalk, qui signifie « doyen des serviteurs, chef des serviteurs »,  c’est le sénéchal qui assurait la protection de la bastide au nom du roi, on devrait être bien servi !
-Au prix ou j’ai négocié la chambre, on DOIT être bien servi !
-Non mais ne me dit pas que tu as l’intention de faire racketter par des bouseux bouffeurs de tripoux !
-Non, ma tendre Camille, je te parlais de l’Auberge du Sénéchal, table étoilée au guide Michelin ! On ne mange pas que des tripes en Aveyron, et les aveyronnais ne sont pas des bouseux! Tu sais d’où est originaire le patron de la Coupole?
-C’est un aveyronnais? Ah bon. Désolé je plaisantais, il nous reste combien de kilomètres ?
-Encore environ 150, on devrait passer par la Lozère et enfin découvrir mon Aveyron par le village de Sévérac-le-Château !
-Ton Aveyron ? Ça y est! Encore cinquante kilomètres  et tu vas me parler en occitan « Veni la femma, viens-y la que j’te saute ! »
Il se visite le château de Séverac ? Toi qui aime les châteaux, ça pourrait faire une escale culturelle, l’occupation de tes neurones du haut te feront peut-être du bien aux neurones du bas !
-Regarde dans ton guide !
-Séverac, page 88… Ah, Château de Séverac : château d’origine médiévale, dont la partie principale de la bâtisse a été aménagée aux 14e et 15e siècle, son apogée eut lieu au 17e siècle , alors que le grand corps de logis s’étendait sur 4 niveaux et 85 mètres de long, la façade du château recevait alors deux pavillons en saillie contenant des escaliers en « fer à cheval »

Malheureusement à l’état de ruine depuis le 19e, actuellement en travaux de restauration ! 
Tu veux t’y arrêter ?
-Non, trop pressé de découvrir Sauveterre, nous reviendrons à Sévérac plus tard.
Tandis qu’ils progressaient  au plus près de leur destination, nos deux amoureux  découvraient ensemble l’Aveyron, pays de verdure et de soleil.
Xavier avait l’impression de visiter une terre lointaine étrangère, peuplée d’autochtones sauvages et menaçants, irrespectueux des règles de la norme citadine et de la socialisation moderne.
Il se voyait Christophe Colomb découvrant l’Amérique, ou bien Neil Armstrong, marchant sur la lune pour la première fois.
Il avait la sensation de vivre un moment historique de l’histoire de sa vie, son 1789 à lui, sa révolution intérieure.
Camille ne partageait pas son enthousiasme, elle s’était endormie sur le siège, la bouche entrouverte et les jambes légèrement écartées, sa robe retroussée découvrant le doux relief de ses « juste charnus comme il faut » petits adducteurs, muscles formant la face interne de la cuisse venant s’insérer avec malice au niveau du pubis.
A ce spectacle,  Xavier restait béatement dans un état extatique,  sublimant ainsi le plaisir offert  par son merveilleux voyage.
Traversant la zone péri-urbaine de Rodez, son enthousiasme s’altéra quelque peu, pour remonter quand ils traversèrent Baraqueville, où il eut une pensée pour « Doc du 12 ».

Enfin il aperçut le petit panneau « Sauveterre de Rouergue 13 kms», indiquant de tourner à droite vers une route étroite et sinueuse, Camille dormait, la Giulietta dansait dans les virages, et Xavier pleurait…  de bonheur.

Mon Aveyron mes amours Episode 1


Paris, Hôpital Necker, mois de mars, service d’imagerie médicale.

  • Salut Pierre, alors il marche bien ton nouveau scanner, tu fais des belles images?

  • Comment te dire, Xavier, je ne t‘ai pas fait venir dans mon bureau pour parler de mon service, c’est plutôt de toi dont il s’agit…

  • Mais je vais très bien, mon service de pédiatrie est très chargé, mais ça va…

  • Non, Xavier ça ne va pas si bien que ça, tu te souviens qu’il y a quinze jours je t’ai passé au scanner pour ta douleur rétro-pubienne…

  • Oui tu m’as dit que je n’avais certainement rien et que c’était pour essayer le scanner…

  • En fait, je crois que je t’avais dit que tu n’avais « probablement » rien, et non « certainement »  rien, et de fait les images ne sont pas si optimistes que nous l’avions imaginé.

  • Et donc?

  • Donc, tu as une petite zone atypique au testicule gauche, bien délimitée, mais qui ressemble à un néo, il va falloir pousser les examens…



Voilà, ça c’était en mars, ma vie parisienne me semblait une évidence, je me satisfaisait de mon emploi de pédiatre à l’hôpital Necker, mais ça c’était avant, maintenant nous sommes en mai, j’ai une couille en moins, et il me semble que je dois réorienter ma vie sur un autre chemin.

L’exercice de la médecine avait rendu familière ma relation aux cancers, et j’avais  constaté que l’apparition d’une tumeur était souvent liée à un mal être, un décalage entre notre vie vécue et celle que l’on avait à vivre, et qu’il était souvent salvateur de revoir l’itinéraire de notre chemin de vie.

Il m’a semblé alors évident que je devais quitter Paris, sa pollution, son stress, son hyperactivité environnante, pour me destiner à une vie plus paisible et plus humainement authentique.

Paris me paraissait désespérément gris et je me se sentais inexorablement grisifier jour après jour.

Paris embrumait mon esprit et mon âme, comme un état asthmatique m’empêchant de respirer à fond le bonheur.

J’aspirait donc au vert, sans identifier encore son visage, je sentais que le vert existait quelque part, qu’il était accessible, et je pressentais que je pourrais le reconnaitre, à son parfum, à sa chaleur, à sa douceur.
Le vert devait se situer dans le sud de la France, d’ailleurs ma mère assez peu experte en géographie et qui n’avait jamais traversé les Pyrénées, m’avait enseigné il y a bien longtemps  « plus tu vas vers le sud, plus c’est vert et plus c’est chaud ! »
Puis il y avait ses souvenirs d’enfance, le jardin de ma grand mère à Castanet-Tolosan près de Toulouse où la chaleur de l’été se faisait cuisante.
Et surtout cette semaine de colonie en Aveyron où j’avais rencontré Chloë.
Lors d’une sortie organisée dans un village, partis visité un atelier de coutellerie, nous nous étions enfuis près de l’église, elle m’avait alors blotti contre un arbre et m’avait embrassé, c’était mon premier baiser, il avait l’odeur du sud de la France, il avait le parfum de l’Aveyron.
La volupté exquise de ce premier baiser, combinée aux parfums doux et moites de l’Occitanie avait marqué ma libido à jamais.
J’ avais acquis une certitude: le vert existait et portait le nom d’une terre du sud de la France, dont le cœur renfermait la quintessence du vert : l’Aveyron.
Ne restait plus qu’à régler quelques menues formalités : vendre à la hâte mon non-regretté appartement parisien de l’avenue Simon Bolivar pour réinvestir aussitôt les fonds en terre rouergate, puis quitter mon poste hospitalier à Necker  pour ouvrir un cabinet au milieu des arbres, des fleurs, et des aveyronnais… 
Le plus délicat restant de convaincre Camille, parisianiste absolue, de m’accompagner dans cette migration.                                                                  


                                     


                                 



Camille m’aimerait-elle assez pour le suivre hors de sa planète parisienne ?
Il ne servait à rien de se perdre dans les questionnements, il fallait oser lui parler, il fallait trouver le bon moment, et c’était décidé, ce serait ce samedi soir chez Gabriel.

                 




Samedi 7 juin, rue de Rennes, appartement  de Gabriel.

Gabriel
 -Alors Xav, qu’est-ce que vous avez prévu cet été ? Vous repartez en Corse, comme l’an dernier ?

Xavier
 -Non, non, cette fois, j’ai préparé une petite surprise à Camille.
Gabriel 
-Yep, sympa les surprises, tu l’emmènes à l’aéroport avec les valises, puis elle découvre au dernier moment la destination à l’embarquement !
Xavier
-Non, Gab, pas d’avion, on va partir en voiture, peut-être un aller simple,  pour le retour je n’ai pas encore fixé de date.
Camille
-Non mais c’est quoi cette blague, tu ne vas pas encore m’amener une énième fois à Etretat ?
Xavier
-Non, cet été je voudrais te faire découvrir l’Aveyron !
Comme si un fantôme traversait la pièce à cet instant, un grand silence se fit lourdement entendre, suivi rapidement d’une explosion de révoltes verbales.
Gabriel 
 -Quoi, l’Aveyron ? Non mais tu n’es pas bien ? Tu as déjà mis les pieds en A VEY RON ?
Camille  
-Je crois que son opération l’a un peu perturbé, il un peu dépressif…

Gabriel, un peu calmé,
-Mais tu veux faire quoi en Aveyron ? Je suis sûr qu’au bout de deux jours tu vas t’ennuyer comme un politicien à une inauguration un dimanche matin..
Xavier
-En fait, j’ai déjà été en Aveyron, j’avais 10 ans, et je suis parti 15 jours en colonie, et je m’aperçois aujourd’hui que c’étaient les plus beaux jours de ma vie.
Camille, levant les yeux au ciel
- Merci, merci, merci pour nos années parisiennes..On va dire que tu ne sais pas trop ce que tu racontes en ce moment.
Gabriel
-Et ta carrière de médecin, tu y penses ! A Necker, tu pourrais devenir chef de service, tu pourrais publier dans des revues internationales, tu pourrais exister en tant que médecin, en Aveyron, tu vas t’enterrer comme généraliste à soigner des paysans et des mamies.

Xavier
-Désolé, je pense que ma vie vaut plus que ma carrière, et qu’on doit pouvoir être un bon médecin sans faire des publications, il suffit de faire ce pour quoi on a fait nos études : soigner des gens.
Je préfère honorer le serment d’Hippocrate  plutôt que les sermons des hypocrites.
Gabriel
-Bon, l’hypocrite te remercie…  Je vois que tu as déjà pris ta décision, le verseau que je suis ne va pas s’opposer à la ténacité du scorpion ascendant scorpion, mais je ne te donne pas trois mois avant que tu n’aies fait tes valises pour revenir sentir notre cher air parisien.
Camille
-Ouais, de toute façon, si tu descends dans ce trou perdu, c’est sans moi !


mardi 8 mars 2016

Pour la journée de la femme

Aujourd’hui,  c’est la journée de la femme…

Pourquoi une journée de la femme? Les femmes n'auraient pas le droit finalement d'être des hommes comme les autres?

Peut être, mais il reste vrai que les hommes et les femmes évoluent dans des mondes parfois parallèles, parfois communicants... ou pas!


Quel différences alors? l'homme a généralement plus de muscle, tandis que la sensorialité de la femme est supérieure, et donc c'est pour cela qu'un homme gagne en moyenne 20% de plus pour la même compétence professionnelle.

Le don de vie s'effectue en moyenne en 10 minutes chez l'homme tandis qu'il dure 9 mois chez la femme... Evidemment là, le gain de productivité est flagrant!

La femme recherche souvent chez l'homme des qualités intellectuelles et créatives, tandis que l'homme recherche souvent chez la femme une 90-60 moins de 55 kgs.

Mais bien sur, la femme pour l'homme se doit d'être bien plus..

La femme c’est un peu la relation entre l’homme et le divin, c’est elle qui nourrit nos rêves, alimente nos fantasmes, console nos chagrins, depuis l’âge du petit garçon jusqu’à l’âge où on oublie ses anniversaires.


Chaque femme renferme une richesse unique, éclatante ou invisible parfois, qui potentiellement va rendre à l'homme sa part de féminité ou de sensorialité.

En ostéopathie, notre profession doit aussi beaucoup aux femmes, parce qu'elles sont plus nombreuses que les hommes dans nos cabinets, parce qu'elles comprennent souvent mieux que les hommes l'intérêt des techniques fasciales et fluidiques, puis  c'est quand même plus sympa de traiter une femme de 50 kilos plutôt qu'un homme tout en muscle de 120 kilos...

Enfin de nombreuse femmes ostéopathes ont fait avancer les connaissances ostéopathiques, je pense notamment à Viola Frymann pour l'ostéopathie crânienne et à Irène Bringuier, spécialiste en ostéopathie de l'enfant.

Merci et bravo les femmes!


Vincent ARIN Mars 2016

jeudi 9 avril 2015

Envoi d'un manuscrit aux éditeurs: la longue attente




Voilà, le premier roman longtemps rêvé, lentement rédigé, maintes fois corrigé, est enfin terminé.

Il est temps d’adresser le manuscrit aux éditeurs… 

Qui choisir? Allez, on va en sélectionner quinze, plus ou moins proches de ce que l’on présuppose de notre propre style d’écrit et de narration.

Mais comment se juger soi-même? Notre égo supporterait-il que modestement, nous convenions que définitivement nous écrivissions comme une merde…Ou pas…

Au terme de mes itératives corrections, il me sembla que mon roman avait une certaine tenue, la cohérence de l’achevé, puis après quelques jours, en relisant ma prose, le doute s’installa: pourquoi Camille s’exprimait si mal dans les dialogues? Le lecteur ne pourrait-il pas imaginer qu’il s’agit là de l’expression usuelle de l’écrivassier créateur de cette vulgaire narration?

N’y aurait-il pas trop de dialogues, pas assez de descriptions, comme le suggérait une de mes amies lectrices.

Le texte est-il trop court, trop banal, trop attendu?

Voilà le texte est entre de bonnes mains averties, reste l’attente, l’attente, l’attente, déjà dix jours écoulés sans réponse.

J’ai entendu que lorsque les éditeurs « tombaient » sur un manuscrit très intéressant, ils se manifestaient en 48h, comme cela avait été le cas pour mon premier manuscrit médical.

Voilà, dix jours écoulés, pas de réponse, à partir de quand se résoudre à l’auto-édition ou à la publication numérique?

Trop tôt, assurément.

Je pense à toutes les auteures et auteurs qui comme moi se lancent dans le projet d’un premier roman, la route peut être longue jusqu’à la parution du livre.

Dimanche dernier, je partais en week-end dans un village du sud de la France, ma compagne avait amené mon manuscrit pour le lire, et nous avons dormi dans une « librairie-chambre d’hôte ».

Le lundi matin, je discute avec le bouquiniste et lui confie mon projet de premier roman.

Il me demande d’un ton léger: 

-As-tu pensé à envoyer ton manuscrit à Mr G, des éditions D, très influent à Paris?

-Non, c’est vrai tu as raison, je l’ai oublié…On ne peut penser à tous les éditeurs…

-Sinon, si tu veux le rencontrer, il a une boutique au bout de la rue, il est arrivé hier soir de Paris!

-Quoi? Tu veux dire que G est dans ce village à cent mètres d’ici!


Trois minutes plus tard, je partais à la rencontre de Mr G dont je connaissais un peu la réputation, et après trente minutes d’un argumentaire bien mal présenté, il concéda à conserver mon manuscrit pour y jeter un oeil.

Voilà, reste l'attente...