mercredi 6 juin 2012

Souvenirs: Lola


Lola est une petite fille de trois semaines qui vient chez l'ostéo pour la première fois-tiens! comme c'est curieux...

Donc je me suis amusé à imaginer ce que pouvait penser ce nouveau né à propos de ce curieux individu qu'est l'ostéo et de l'attitude de ses parents pendant la consultation:




                                                     LOLA 21 jours



Comme il est d’usage à cet âge assez peu avancé de la vie, Lola est arrivée accompagnée de ses deux parents, maman conduisant le landau avec précaution, sous les yeux de papa, qui, expert en maniement de véhicules à quatre roues, surveillait avec une attention professorale l’évolution du précieux véhicule.

Bonjour, vous venez consulter pour le bébé, je suppose…

Lançais-je sans inspiration originale particulière.

Entrez, nous allons constituer le dossier,

Ses noms, prénoms, date de naissance, s’il vous plait ?

A ce moment, à l’unisson les parents se lancent, tandis que Lola s’éveille dans le landau, avec l’intuition que quelque chose se trame la concernant.

Lola R, née le 9 Septembre 2011,



Vous consultez à titre préventif ou pour une raison particulière ?

Un peu les deux, Lola a des petites régurgitations après l’allaitement, et on a remarqué qu’elle tournait bien la tête à gauche mais plus difficilement à droite, le pédiatre nous a parlé aussi du risque de plagiocéphalie chez les bébés tournant mal la tête alors on est un peu inquiets.

Effectivement votre pédiatre a raison, les plagios sont de plus en plus fréquentes chez les bébés, et la limitation d’amplitude cervicale voire le torticolis du nourrisson constituent des étiologies fréquentes.

Nous allons donc examiner Lola, vous pouvez l’installer sur la table, et la déshabiller un peu pour qu’elle reste en body.

Je pars me laver les mains, puis revient deux minutes après.

A ce moment la maman est en train de batailler contre une manche récalcitrante qui ne veut pas bien glisser; comme pour le landau, papa surveille attentivement et donne quelques conseils : « tourne là, tu verras, ce sera plus simple !»

Et Lola qui observe la scène se demande pourquoi c’est toujours maman qui doit faire, mais finalement devant la faible expérience de vie constituée par ses bientôt 22 jours, elle se dit que la vie d’une maman ça doit être comme ça et puis de toute façon, c’est extraordinaire d’avoir une maman, et puis c’est pas mal non plus d’avoir un papa même si pour l’instant il ne sert qu’à donner des conseils.

Au bout de 8 minutes d’un travail délicat, digne pour la maman d’une opération de transplantation cardiaque pour un chirurgien débutant, Lola est enfin en body !

Je m’approche doucement de Lola et commence à lui parler :

Bonjour je suis ton ostéopathe

Je vois que Lola m’écoute et qu’elle aurait envie de me dire :

T’es qui toi ? Je ne te connais pas, je ne t’ai jamais vu, qu’est-ce que tu vas me faire ?

Je continue :

Je vais examiner ton dos, ta tête et ton ventre, pour voir si tout va bien !

Lola m’écoute et parait accepter le deal.

Je commence ma séance par un examen ostéo-articulaire hanches pieds genoux bassin rachis épaules, tout à l’air ok mis à part une petite lésion intra osseuse de l’iliaque droit avec dysfonction de sacro-iliaque associée, cas courant chez le bébé, traité dans la foulée en quelques minutes, sans réactivité exagérée de la part de Lola.

Puis j’en arrive à l’examen du crâne, où là les choses se compliquent un peu : torsion crânienne sur dysfonction C0C1C2 franche, en clair, je confirmai le torticolis du nourrisson.

Au moment où je positionnais les doigts en regard de sa première cervicale, Lola se mit instantanément à hurler du plus fort qu’elle pouvait, avec l’air de dire :

Mais il est taré ce type, il appui juste là où j’ai déjà mal !!!

Sans me déconcentrer et sous le regard approbatif de ses parents, je décide de traiter les première et seconde cervicales de Lola, car attendre ne pourrait qu’aggraver la situation.

Après un combat acharné entre les cervicales et moi, sous les hurlements de Lola, nous sommes enfin parvenus au tant espéré relâchement des tensions au bout de 9 minutes qui paraissaient pour moi, Lola, et ses parents, au moins 9 heures.

Lola pleurait toujours mais avait changé de ton du style :

Tu m’as fait mal, vilain ostéopathe, mais c’est bizarre on dirait que je me sens mieux, aurais tu fais quelque chose de bien ?

Je décide alors de poursuivre la séance par un travail sur le crane.

Afin de corriger la torsion crânienne et les tensions membraneuses intracrâniennes associées, je place mes mains latéralement de part et d’autre de la petite tête de Lola.

Cette fois, plus de cris, seulement quelques râles avec un regard appuyé du côté de la maman, que j’ai prié de s’assoir à la droite de Lola, afin de stimuler la rotation droite.

Au bout de quelques minutes supplémentaires, Lola semble enfin assagie, et c’est d’un regard tranquille que son visage cherche à se rapprocher de sa maman, comme si elle voulait dire :

Je vois l’inquiétude en toi maman, mais rassure toi, je me sens bien et très bientôt nous pourrons faire un gros câlin.

Le travail sur le crâne de Lola dure une dizaine de minutes supplémentaires, les tensions crâniennes se détendent peu à peu sous mes doigts, tandis que je peux observer la décrispation progressive de son visage, suivi fort logiquement de ceux de ses parents.

Je termine enfin ma séance par un travail sur le petit ventre de Lola, et notamment son petit diaphragme qui souhaiterait maintenant se détendre, mais qui réclame pour cela l’assistance du providentiel ostéopathe.

Les soins du bébé constituent  pour moi la quintessence du travail de l’ostéopathe.

En effet, l’un des  principes fondateurs de l’ostéopathie, édicté par Andrew Still, est : « la structure gouverne la fonction », ainsi quoi de plus efficace que d’agir sur la structure alors même qu’elle est en pleine phase de constitution.

On pourrait même ajouter, avec la modestie qui caractérise traditionnellement notre corps professionnel, que nous participons à l’adaptation optimale des structures naissantes du nouveau- né afin de mieux optimiser l’équilibre biomécanique du corps de l’adulte de demain.

De façon plus concrète, nous pouvons affirmer que ces quelques dix  minutes de pleurs seront largement compensés par toutes les années adultes où nous auront minimisé les effets des scolioses, des rhumatismes, des acidités gastriques, des états de stress latents, entre autres car bien sûr je ne saurais être exhaustif, tant les effets de l’ostéopathie à long terme restent à ce jour  méconnus et sous évalués.

Donc, chers jeunes parents attentifs à la santé future de votre bébé, n’hésitez pas à consacrer une heure à la consultation d’un bon ostéopathe, votre enfant vous remerciera plus tard.


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