samedi 27 mai 2017

Mon Aveyron mes amours épisode 2

Samedi 21 juin, autoroute A75 direction Rodez.
Xavier avait finalement trouvé un contact en Aveyron, à Baraqueville (si si, c’est le vrai nom d’une vraie ville en Aveyron), un médecin parisien s’y était installé il y a cinq ans, il s’appelait le Dr Polazzi, mais lui le connaissait plutôt sous son pseudo internet : docdu12.
Il avait accepté de les recevoir le dimanche soir à son domicile,  avec sa compagne Léna.
Après la soirée chez Gabriel, Camille avait alterné intenses boudages et violentes colères pendant dix jours, puis elle s’était finalement apaisée, constatant finalement qu’elle ne pouvait imaginer passer cet été sans Xavier, ni sans sa carte Gold.
Camille partageait la vie de Xavier depuis deux ans, ce qui lui avait permis de terminer ses études dans un certain confort matériel, et de disposer quand cela était nécessaire des bons soins d’un médecin.
Etait-elle vraiment amoureuse? 
Elle préférait ne pas trop se poser la question, ils s’amusaient bien ensemble et le temps passait vite, comme dans une comédie sentimentale américaine, là était l’essentiel.
Ils avaient donc finalement décidé de partir ensemble à la découverte du Rouergue, la Giulietta chargée à bloc,  Camille la tête vidée de ses colères et Xavier la tête remplie de ses rêves.
En ce premier jour l’été, à mesure que les kilomètres défilaient, il leur semblait que la température montait et que le soleil les accompagnait dans leur extraordinaire voyage, comme s’il voulait leur dire : oui , vous êtes  dans la bonne direction, continuez de rouler…
C’était un peu le voyage de Philippe Abrams/Kad Merad  dans « bien venu chez les ch’ti » , mais à l’envers.
La première partie de l’itinéraire traversait les paysages plats du Berry, s’accordant parfaitement avec le silence envahissant la voiture et cristallisant les tensions des deux jeunes migrants.
Parvenu à mi-parcours, ils décidèrent de s’arrêter faire le plein sur une aire d’autoroute dite « aire du centre de la France »
-Tu as vu Camille, on est juste au centre de notre beau pays, c’est magique!
-Il ne t’en faut pas beaucoup pour t’émouvoir, pour moi c’est juste une aire d’autoroute avec pleins de touristes qui courent désespérément après le soleil comme si la chaleur pouvait leur faire oublier leurs soucis.
Le soleil n’est qu’un strapping de bonheur sur l’entorse de l’ennui.
-Bon, on va boire un café.
Il entrèrent dans la cafétéria et s’insérèrent dans la longue file des touristes attendant leurs cafés.
Camille observait les estivants avec circonspection, quand son regard se fixa sur un personnage qu’elle jugea intéressant.
Elle avait enfin rencontré « en vrai » le beauf  à la Reiser, il en avait la panoplie totale. 
T-shirt bien dégueu au blanc délavé improbable, short beige au tissu élimé par les années, nu-pieds marrons, ne manquait que les couilles pendantes, mais il était finalement assez aisé de les imaginer.
-Attend, je vais le prendre en photo sur mon portable!
-Mets-le sur silencieux, au moins, et fais vite!
Ils rentrèrent  joyeux dans la voiture, Camille peaufinant son image sur Instagram tout en pleurant de rire, peut-être avait elle trouvé là un exutoire à son surplus de stress d’avoir abandonné Paris pour quelques jours.
Cet intermède photographique permit de détendre l’atmosphère, et la discussion reprit doucement tandis que les reliefs du massif central vallonnait les perspectives. 
Camille tentait de se rassurer par la lecture des guides touristiques: le guide du routard, le petit futé,  le guide  bleu hachette…
-Tu sais ce qu’ils mangent  les Aveyronnais ? 
-Non, de la charcuterie ? De la saucisse ?
-Non ils mangent de la soupe aux choux et au fromage, beurkkkk !
-T’inquiète Came, il doit bien y avoir un Mac Do quelque part ou tu pourras manger quelques nuggets…
-Mouaiiis, merci pour le Mac Do, j’espère que tu trouveras mieux à me proposer.
- Mais oui, je suis sûr que les aveyronnais ne mangent pas que de la soupe, il y a surement de la bonne viande, on doit pouvoir se faire des super côtes de bœuf !
-Attend, là, sur le routard, ils disent qu’ils mangent des tripes au petit déjeuner, qu’ils  appellent des tripoux, tu crois qu’ils vont nous donner ça au ptit déj à l’hôtel ? Moi de toute façon, j’ai amené mon pot de Nutella…
-Came arrête de t’inquiéter comme ça... on reste juste une semaine pour  cette fois, et si ça ne te plait pas, affaire classée on rentre à Paris !
-Bon ok une semaine, sept jours, pas un de plus ! Tu as la réservation de l’hôtel ?
-Oui, dans la boite à gants !
Camille ouvrit la boite à gants avec son gros orteil, puis se saisit promptement du document entre le 1 et le 2 (du pied droit).
-C’est quoi un Sénéchal ?
-Je ne sais pas, pourquoi tu me parles de Sénéchal ?
-L’hôtel que tu as choisi s’appelle l’auberge du Sénéchal ! 
Camille googlisa hâtivement le substantif, puis vérifia ses résultats sur Wikipedia.
-Un sénéchal, c’est un serviteur du roi,  issu du germanique commun siniskalk, qui signifie « doyen des serviteurs, chef des serviteurs »,  c’est le sénéchal qui assurait la protection de la bastide au nom du roi, on devrait être bien servi !
-Au prix ou j’ai négocié la chambre, on DOIT être bien servi !
-Non mais ne me dit pas que tu as l’intention de faire racketter par des bouseux bouffeurs de tripoux !
-Non, ma tendre Camille, je te parlais de l’Auberge du Sénéchal, table étoilée au guide Michelin ! On ne mange pas que des tripes en Aveyron, et les aveyronnais ne sont pas des bouseux! Tu sais d’où est originaire le patron de la Coupole?
-C’est un aveyronnais? Ah bon. Désolé je plaisantais, il nous reste combien de kilomètres ?
-Encore environ 150, on devrait passer par la Lozère et enfin découvrir mon Aveyron par le village de Sévérac-le-Château !
-Ton Aveyron ? Ça y est! Encore cinquante kilomètres  et tu vas me parler en occitan « Veni la femma, viens-y la que j’te saute ! »
Il se visite le château de Séverac ? Toi qui aime les châteaux, ça pourrait faire une escale culturelle, l’occupation de tes neurones du haut te feront peut-être du bien aux neurones du bas !
-Regarde dans ton guide !
-Séverac, page 88… Ah, Château de Séverac : château d’origine médiévale, dont la partie principale de la bâtisse a été aménagée aux 14e et 15e siècle, son apogée eut lieu au 17e siècle , alors que le grand corps de logis s’étendait sur 4 niveaux et 85 mètres de long, la façade du château recevait alors deux pavillons en saillie contenant des escaliers en « fer à cheval »

Malheureusement à l’état de ruine depuis le 19e, actuellement en travaux de restauration ! 
Tu veux t’y arrêter ?
-Non, trop pressé de découvrir Sauveterre, nous reviendrons à Sévérac plus tard.
Tandis qu’ils progressaient  au plus près de leur destination, nos deux amoureux  découvraient ensemble l’Aveyron, pays de verdure et de soleil.
Xavier avait l’impression de visiter une terre lointaine étrangère, peuplée d’autochtones sauvages et menaçants, irrespectueux des règles de la norme citadine et de la socialisation moderne.
Il se voyait Christophe Colomb découvrant l’Amérique, ou bien Neil Armstrong, marchant sur la lune pour la première fois.
Il avait la sensation de vivre un moment historique de l’histoire de sa vie, son 1789 à lui, sa révolution intérieure.
Camille ne partageait pas son enthousiasme, elle s’était endormie sur le siège, la bouche entrouverte et les jambes légèrement écartées, sa robe retroussée découvrant le doux relief de ses « juste charnus comme il faut » petits adducteurs, muscles formant la face interne de la cuisse venant s’insérer avec malice au niveau du pubis.
A ce spectacle,  Xavier restait béatement dans un état extatique,  sublimant ainsi le plaisir offert  par son merveilleux voyage.
Traversant la zone péri-urbaine de Rodez, son enthousiasme s’altéra quelque peu, pour remonter quand ils traversèrent Baraqueville, où il eut une pensée pour « Doc du 12 ».

Enfin il aperçut le petit panneau « Sauveterre de Rouergue 13 kms», indiquant de tourner à droite vers une route étroite et sinueuse, Camille dormait, la Giulietta dansait dans les virages, et Xavier pleurait…  de bonheur.

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