samedi 27 mai 2017

Mon Aveyron mes amours épisode 3

 Les verts pointillistes de Sauveterre

L’hôtel du Sénéchal est constitué d’une imposante bâtisse en pierre dominant le tour de ville du charmant village de Sauveterre de Rouergue, cette terre rouergate allait elle sauver la vie de Xavier d’une demi-mort annoncée ? Camille partagerait-elle son amour de l’Aveyron? Son cœur palpitait dans cet espoir.
Arrivé sur le parking, il  choisit de profiter quelques secondes de l’instant avant de réveiller Camille.
Il sortit de la voiture afin de déguster sa première rencontre avec Sauveterre et d’humer les senteurs du vert.
En ce début d’été, l’air était chaud et enveloppant, une odeur d’herbes sèches et de vieux bois envahissait ses narines, il y régnait comme un parfum d’intemporalité et d’authenticité dans les effluves de cet air qu’il semblait découvrir pour la première fois.
Le petit parking de l’hôtel longeait en arrondi le tour de ville, à l’emplacement des anciennes douves prolongeant les remparts qui avaient été démolis au 19eme siècle.
Près de l’entrée du parking, une ancienne bascule à bestiaux avait été restaurée et le petit édifice abritait un ensemble de balances d’époque.
Se tournant vers le tour de ville, il découvrait l’ alignement des maisons médiévales édifiées au 13 ème siècle lors de la constitution de la bastide.
Certaines étaient pourvues de colombages, d’autres était constituées de pierres brutes, il apprit plus tard que ces dernières étaient d’anciens bâtiments agricoles transformés en habitation.
Quelques rayons clairsemés traversaient les toitures pour saupoudrer les jardins de reflets pointillistes. 
Il fit quelques pas afin de mieux enregistrer l’instant puis revint vers la voiture, où il découvrait Camille toujours plongée dans ses rêves, se délectant de la vue de ses petits pieds nouveaunesques entrecroisés sur le tableau de bord, son genou Rohmerien entrouvert en appui contre la garniture de porte, et ses mains accolées comme en prière pour mieux coussiner sa tendre joue rougie par le sommeil et par l’appui prolongé.
Qui avait il de plus beau entre Sauveterre et Camille? 
Il abandonna ses questionnements absurdes et décida de la rejoindre.
Afin de la réveiller en douceur, il humecta doucement de salive son index, afin de lui mouiller doucement le bout du nez, ce qu’elle détestait par-dessus tout, sublimant ainsi le plaisir de Xavier.
Au contact de son doigt, elle entrouvrit l’œil gauche, et maugréa d’une voix peu distincte :
-Ca y est ? On est arrivé chez les ploucs ?
-Oui, on est à Sauveterre de Rouergue, l’un des plus beaux villages de France!
-Et bien, la France est petite…
-Came Came, tu critiques avant de visiter, tu es de mauvaise foi !
-Ouais,  on verra après une bonne douche, il y a des douches dans les chambres au moins ?
-Oui oui, douche, baignoire et piscine intérieure dans l’hôtel !
A cette dernière parole, elle se releva d’un bond, se dirigea prestement vers le coffre, et sortit ses valises,
- Alors tu n’es pas encore prêt ?
Camille s’approcha de la bâtisse, jaugea d’un regard le bâtiment, aperçut la piscine à travers un carreau, puis valida le choix de l’hôtel d’un sourire.
Elle s’engagea rapidement dans les escaliers en pierre, puis attendit devant la porte en vérifiant les différentes inscriptions à côté de l’entrée : étoile Michelin,  pancarte dorée « Hôtels de charme et de caractère »
Enfin ils s’avancèrent  vers la réception où  les attendait une femme plutôt menue au sourire contenu mais bienveillant.
Xavier se  présenta sobrement :
-Bonjour! Dr Rostan, nous avons réservé pour une semaine.
-Bienvenue, veuillez remplir vos fiches, voici vos clés, vous dinerez à l’hôtel ce soir ?
-Oui, bien sûr, ce serait dommage de dormir chez vous sans gouter votre cuisine.

La responsable des lieux  leur avait réservé  la chambre 12, au premier étage, offrant une belle vue dominante sur la bastide,  déco plutôt contemporaine, dans les tons jaunes et crème, avec un lit de 180 recouvert d’une couette chocolat et d’oreillers blancs cassé.
-Preums à la douche ! s’écria avec bonne humeur Camille tout en faisant voltiger sa robe sur la tête de Xavier.
Ce dernier en profitait pour gouter un moment de présent qui dans le futur constituerait un moment clé de son passé, il se rappelait à cette occasion les paroles d’un de ses professeurs de médecine « L’espoir pense au futur, la nostalgie retient le passé, mais le bonheur se goute au présent ! »
Camille ressortit rapidement de la salle de bains à moitié trempée, une serviette en turban sur la tête l’autre maladroitement suspendue aux hanches, puis courut embrasser Xavier, visiblement elle était de bonne humeur et avait hâte de sortir découvrir le village.
-Allez, grouille-toi, douche-toi, on va aller visiter ton village !
Sans réfléchir, Xavier s’exécuta et ils se retrouvèrent quelques instants plus tard devant l’entrée de l’hôtel.
En sortant par la gauche, ils rejoignaient  la « porte » de la rue Saint Jean, rue principale de la bastide, traversant  longitudinalement le village pour conduire à la place centrale justement nommée « Place aux arcades », parce qu’entièrement entourée de magnifiques arcades médiévales parfaitement conservées.
Au moyen-âge, la place était réservée exclusivement aux marchands qui disposaient leurs étals au niveau des arcades prolongeant ainsi la surface de leur commerce.
Sauveterre constituait alors une des places marchandes les plus importantes du Rouergue, bien plus que Naucelle ou Baraqueville , cette dernière commune n’étant apparue qu’au  vingtième siècle.
A mi- longueur de la ruelle, une première perspective de la place s’ouvrait à leurs yeux, découvrant quelques arcades, un puits isolé au centre, ainsi qu’une agréable terrasse de café ombragée.
La place évoquait un jardin intérieur de cloitre, encerclée par les bâtisses qui l’entouraient comme pour la protéger. 
Au pourtour des arcades, quelques commerces et boutiques d’artisans retenaient les quelques  touristes présents, tandis que des enfants s’amusaient à faire le tour de la place à vélo.
Xavier exultait.
-Alors, elle n’est pas sympa, cette place ?
-Ouais, ce n’est pas la foule, quand même !
-Mais Camille, c’est ça qui est génial ici, c’est beau mais ce n’est pas trop touristique, c’est comme si c’était un trésor caché connu par seulement quelques initiés.
-Au lieu de te prendre pour Christophe Colomb, tu pourrais me payer un verre, il  y a un bar la-bas.
Comprenant que ce n’était pas le bon moment pour contredire sa bien-aimée, Xavier proposa à Camille une place en terrasse avec vue sur la fameuse place.
Une serveuse à petit short en jean sexy ne tarda pas à se présenter.
-Vous désirez ? (oui... pensa Xavier à cet instant sans répondre)
-Un café, s’il vous plait, répondit Camille.
-Moi une bière, une Erdinger, s’il vous plait.
-Désolé ici, nous n’avons pas d’Erdinger, mais nous pouvons vous proposer la bière de Sauveterre la « 12 »
-Eh bien allons-y pour la «12 », répondit Xavier  tout en jetant un regard elliptique autour de lui.
-Je crois que je suis déjà amoureux !
-Tiens, il y avait longtemps ! Les jambes de la serveuse ou la Lotus rangée sous les arcades ?
-Mais non, mais non, la place ! La place ! Elle est merveilleuse, non ? C’est le charme de la bastide parfaite, l’union de l’architecture avec la sensualité, de l’urbanisme médiéval avec l’intemporalité !
-Ouais, ouais, c’est une place…
-Cam, tu es une blasée, déjà blasée à 23 ans! Tiens, elle est bonne finalement cette bière !
-Je croyais que tu n’aimais que les blanches !
-Mais tu sais bien que j’ai vécu six mois avec une japonaise !
-… La bière!
- Et l’hôtel, tu en penses quoi ?
-Classieux, je n’imaginais pas tout à fait l’Aveyron comme ça…
-Tu va voir tu vas aimer !
 (À cet instant il ne mesurait pas encore la signification possible de ces paroles)
-Du calme, du calme, Xav, ce n’est pas une jolie place et un hôtel de charme qui vont me faire oublier mon petit Paname chéri.
Ils décidèrent de rentrer  à l’hôtel par le tour de ville, Xavier tenant Camille dans ses bras, un doucereux petit vent d’autan balayait leurs cheveux tandis que  le calme de la bastide leur offrait son silence.
Le tour de ville, anciennement constitué de remparts et de douves, en avait conservé quelques fragments réaménagés en bassins hébergeant quelques canards.
Il y avait un peu de Bruges dans cette partie de Sauveterre, le soleil en plus.
Camille tenta de parler aux canards « coin, coin, coin » mais sans obtenir de réponse.
Xavier en profita pour lui sortir sa vieille blague:
-Tu sais comment on dit « bonjour » en langage des signes (cygnes)?
-non
-Huk!Huk!
Camille, bon public, éclata de rire et se blottit dans les bras de Xavier, ils continuèrent le chemin enlacés.

Xavier semblait ne plus entendre et sentir que  le battement de son cœur, au rythme d’un accordéon de musette auvergnate, faisant danser son âme comme dans une danse de premier bal…

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